Ce que je vois par là n'est que plaies et blessures,
Des champs d'herbes brûlées par la marche des chiens
Sous un toit recelant des lits de pourriture,
Qu'accumulent les gens comme un précieux bien.
L'arbre dont le reflet n'est que crocs de chimères
Sent ses feuilles parfois vieillir de désespoir,
Car là où vous voyez le lit d'une rivière
Il n'y a qu'une veine où flotte l'humeur noire.
 
Ce qu'on m'a pris là bas a tari mon crayon,
Au coma de ma vie, pendant ces quatre années,
Si mes larmes cachaient un éclat d'émotion
Leurs airs de fatuité m'offraient des araignées.
 
Exilés de l'Erèbe, Hadès et ses ombrelles,
Savourant des vers morts éructés par les dieux,
Auraient bien piétiné ces chemins d'asphodèles,
Que d'un clocher à l'autre ont bâtis leurs aïeux.
 
À demi trébuchant, d'un pas malencontreux,
Au milieu des carcasses décorant ce sol,
J'ai cherché sans répit un être vertueux
Et trouvé la frayeur des oiseaux qui s'envolent
De lugubres enclos peuplés d'épouvantails,
Seuls porteurs de bonté dans ces lieux de supplices.
 
J'ai souffert mille maux avant qu'elle s'en aille,
Me laissant libre enfin de mes vains sacrifices.
 
Comme les lieux de guerre où l'homme est animal,
Cette horrible région accolée à la mienne,
Tout armée de démons pour faire tant de mal,
Possède même un nom, je crois que c'est... Mayenne.

Hervé Châtelier - 24 avril 1991

(Publié dans Le damier)