La peur...
Je me rappelle encore l'avoir ressentie
Avant qu'elle s'étiole en murmures moqueurs.
La peur d'une attente infinie...
Mais c'est dans l'infini que le hasard demeure.
 
Suis-moi !
Il y a une porte qu'on peine à pousser
Vers les champs de bataille où triompha ce roi.
Etait-ce hier ? Je ne sais,
Mais s'il subsiste encore un peu de son pavois,
 
La faim
Des racines d'ivraie s'acharne à l'engloutir.
Ne restons pas longtemps, nous reviendrons demain
Et devrons taire nos soupirs,
Car les globes hideux qui rouleront, défunts,
 
Seront
Gage qu'on a déjà trop offert nos regards.
Ici, chaque heure emporte une part de rançon
Puis la sculpte en livres d'histoire,
Qui à ce grand magma non plus n'échapperont.
 
Tu vois,
Ce curieux tapis d'où disparaît la vie
Peut devenir allié : cours, propage ta voix,
Ô Sirène, et, jour comme nuit,
Chante à nos ennemis d'y venir quelquefois.
 
Et quand,
Dans un petit instant tout s'y sera noyé,
L'attente sera douce à voir les éléments
Vagabonder sans grande idée
Et d'un éther glacial faire un être vivant.

Sihal, 30 janvier 1992

(Publié dans Chemins de traverses - numéro 11 - mars 2001)