Les Magnificences se nourrissaient de l'Eau Suprême.
Elle s'est évaporée, respirée dans les cavernes suintantes,
grands conduits des seigneurs de l'Angle vers la servitude quadratique,
la Cage.
Maintenant, la Horde est pauvre,
pauvre de s'incliner sous les dernières courbes d'une bulle

trop bleue,
trop desséchée,
trop parfaite,
trop pervertie par les normes enseignées du plaisir,

si serrées dans leurs noeuds amniotiques qu'elles s'étranglent
sans qu'aucun n'y pu jamais insuffler sa seringue d'insoumission.
Les supplications s'abreuvent dans les encriers :

"Ô Sacres Liquéfiés, ouvrez vos ouïes grippées et ramenez la pluie dans les déserts d'ambiguïté. Que les disjonctions s'agglutinent, que les gaz se nettoient, que les vases de gypse embaument la chlorophylle !"

Alors nous, peuple d'un monde transfiguré,
fusion d'esprits volages,
nous reviendrons.
Nous reviendrons et planterons nos nez dans les corolles illuminées.
Nous secréterons un miel alcoolisé
qui murera les pores des cités inféodées et géométriques.
Mutines, les flèches vectorisées inciseront les coeurs,
les vidant des jus d'ingratitude calculée.

Qui nous accueillera alors discernera

des couleurs,
des arpèges,
des femmes ailées

et, peut-être,

cette absurdité de l'instant zéro

déposée sans cesse au pont-levis par la célérité des lumières.
Ses nuits écrouleront des voûtes de chauves-souris ascètes
sous les huées de plumages criards et peureux
dont la dévotion nous sert de monture.
Ses rues réglées se gorgeront de véroniques aériennes
enivrant les regards atterrés qui ne juraient que par la rose
et la trinité,
légalisées dans les tables de l'Appris.

Il verra que son dieu, île factorisée et déserte,
émerge au milieu d'une mer d'âmes sans repos.
Sous un rocher, inquiétée par les crabes,
il verra Son âme,
petite molécule d'Eau Suprême dont se nourrissaient les Magnificences.

Sihal, 10 février 1992