Cuspide avançait tant qu'il ne voyait le large
De la mer de Sihal scintiller d'îlots tristes
Hérissant leurs volcans où le zircon persiste
À percer les mille yeux attablés dans sa barge.

L'humeur ne prenait plus Cuspide à l'improviste. Il avait su enfin suivre le flot montant. Et Cuspide, c'est moi. Croyez encore un peu que je ne saurai pas trouver en haut des cimes la femme des poèmes. Elle m'est apparue déjà quand je dormais au bord des vagues ensablées du désert brûlé.

Et j'assiste à la mue séculaire des voix qui s'égosillent à façonner des tribuns en habit de pantomime. L'orage aura percé maintes fois l'os hideux que cache à l'oeil humain ma peau raccommodée. J'aime, j'aime trop mais m'y laisse noyer. Et vous pouvez chanter tout ce que j'ai écrit, je saurais n'en plus croire un mot, descendre et me renier.

Ô femme des poèmes, ô ma vie fabuleuse, je suis si simple, si simple.

Quand je n'aurai plus l'âme à adorer la joie qui dans tes yeux de lune catalyse mes veines, quand j'aurai oublié que ta délicatesse a construit les montagnes, les glaciers, les déserts, les mers, les grands gouffres de cette contrée imaginaire et... enlaidit tant l'homme. Quand je serai vaincu par l'envie de ramper, il faudra me tuer et piétiner mon anéantissement pour que paraisse enfin le testament intime que jamais je n'écrirai.

Sihal, 10 août 1992