Les grandes sources de Sihal
Abreuvent de liqueurs juteuses
Le fond d'un vaste gouffre ouvert
Aux vents
Et aux vins d'ascètes embrasés.
 
Un sol défait de pulpe molle
Et blanche
Où courent des rus de soif assoiffés de savoir
Transmet de glaciales requêtes
Et rougit de ses pâles ripostes. Et fond.
 
De sire qu'on vole en ablution
Dans des volutes et des spires
Proues de bateaux cyclopéens au banc d'images épinières,
Le sens usuel des éclosions
Perd ses normales paraphrases
Et rejoint l'air maussade
Nourri d'esquisses exaucées.
 
Dans le vent le vin s'évapore
Et Cuspide rêve des anciennes aurores
Quand les cristaux des immenses glaciers
Ombraient de jade les volcans épars
Quand brillaient les antiques épopées
Dont les étoiles ornaient les pointues obélisques
Au risque que leurs pieds de doriques colosses
N'eurent servi de couloir aux courses de ces eaux.
 
Un rêve
Maître de cauchemars que les humains fabriquent.
Y trempe un arbre, y flotte un bout de laurier-tin
De laurier de la gloire des rois éteints
Élevés en volées d'élytres de noblesse
Aux blasons ciselés dans la main de l'oiseau
Dont le profus plumage enferme des machoires.
 
Et le voilà prostré, vertêbres enroulées
Dans un chant crétacé ni fini ni sonore...
Il habita le socle d'un côteau de Bavière,
Et saigne ses dendrites a l'orée des musées.
Mort. Mais joyau
Enchassé dans l'écrin d'un pilastre.
Mort. Minéral
Survivant d'un fabuleux désastre.
 
Mort. Et nous regarde.

Sihal, 5 mai 1995