"- Le légataire ultime alpaguant les femelles,
De ses poissons graciles lui donna naissance,
Quand survînt le courroux et l'onde irrationnelle
Des fleuves d'afflictions et de déliquescences."
 
"- Ô vagues ennemies, pour qui clapotez-vous,
Quand portant son cordon vous rutilez de sang ?
Tout navire bercé par vos torrents de boue
S'enfuit vers les falots ou coule infiniment."
 
"- Un guide inexorable lui tendit la côte.
Au rang des êtres viables il put s'aligner
Et comme à ses semblables pour expier ses fautes,
On lui prêta deux bras, deux jambes et deux pieds.
 
Il s'entreprit dès lors à les utiliser.
Au bord de l'Océan des velours souterrains,
Qu'importait l'or amer des sols fertilisés ?
Les nuées le voulaient parmi l'encens marin.
 
Fatigué des alcôves des nuitées précieuses,
Son thorax engorgé des haleines salines
Plongea dans l'antre clair des sirènes gracieuses
Aux abysses bleutées quand le voile décline.
 
Maître sous la tempête riant des naufrages,
Aux quilles agrippé pareil aux raies jalouses,
Il longeait les récifs, les quais et les ancrages
Et s'arrachait parfois aux marines ventouses.
 
Grimpant furieusement sous l'oeil saoul des dockers
Habiles aux lancers des fourbes lames d'eau,
Il s'amusait à plaire aux femmes de la terre
Dont la langue vorace eut le goût des radeaux."
 
"- Des langues justement il maniait la rudesse.
Vexé au fond des mers d'avoir connu la honte
De jamais côtoyer les écoliers d'Édesse,
Il voulait que peu fiers soient ceux qui ne l'affrontent
 
Aux combats olympiens et aux joutes fugaces,
Que les apprentissages des rites sapiens
Ont montré à ses yeux des pays et des races
Balancées aux gibets des arides provinces."
 
"- Il parlait, croyait-il, le verbe de l'amnios,
Que les pendus naguère, au fond de l'anté-vie,
Auraient du emprunter. Extirpé de sa fosse
Océane, doux songe, il ruisselait d'envies :
 
Agiter les volcans des sèves féminines
Et aplatir le globe en sa paume palmée
Pour assaillir les coeurs des folles d'étamines
Aux vérités vêtues de pétales fermés.
 
Retourner aux lagunes en laissant sa route
Aux germes implacables crachés par ses ouïes,
Qui grandiraient en arbres et sauraient, sans doute,
Traverser le goudron jusqu'aux nues épanouies.
 
Courir la cité rose entée sur un ruisseau
Où s'enfouissent toujours les âmes répudiées
Par elles seules... Ô poètes ancestraux,
Pourquoi y-a-t'il encore un dard dans la beauté ?
 
Rêver debout sans cesse et ne plus voir la haine,
Furibonde nacelle accrochée aux étoiles
Et nourrie par les transes des vieux capitaines,
S'élevant des bachots pour échapper aux squales."
 
"- Ce choix, il ne l'eut point, car les algues veillaient
Qu'à la source freudienne il revînt assagi.
Dans le test d'un nautile aux courants adonné,
Son foetus endurait ces flasques égéries,
 
Dont les pieds ancrés dans les plateaux néritiques
Aspiraient goulûment les esprits des fossiles,
Qui des vastes ères avaient l'aura mythique,
Et l'injectaient en lui, ô dormeurs immobiles !
 
Mais ce qu'il en retint relevait de l'hypnose,
Car ses derniers donneurs, sevrés d'idées opaques,
Avaient clos sa conscience incapable d'osmose
Avec les séductions des cultes dionysiaques."
 
"- Il poursuivit leurré sa virée lénifiante
Et sautait d'autre en autre, évidé de pudeur,
Oeuvrant pour sa grandeur de baleine inquiétante,
Qu'il estimait devoir être pensée ailleurs.
 
Suivi d'aigles sur terre et souvent de pygargues,
Il rêvait sans regret de vautours satisfaits.
Son plus serré parcours était de voguer largue
Et s'éloigner toujours sans s'avouer ses méfaits."
 
"- Son histoire en enfer descendit les caveaux.
Avant les crispations d'orgues miraculeux,
Des nuages mauvais elle a fait des agneaux
Et sous l'ormeau fatal a entassé ses gueux.
 
À la force des mois elle bâtit des ans
Desquels il ne fit rien, sauf contempler un vide
De gloire et de dédain... Et de tous ses élans,
Ne l'a jamais empli que de semblants perfides.
 
Ses proches, opprimés de tant d'indifférence,
N'avaient plus qu'un sommeil où soigner leur dépit.
Ils riaient, en pleurs, de sa pieuse allégeance,
Du soir des vains serments, de tout ce qu'il promit."
 
"- Il avait trop nargué l'acteur de sa genèse,
Dieu des uns - ou poète disséquant son ex -
Qui s'érigeait enfin à l'aplomb des diocèses,
Pour l'initier encore et l'affranchir du sexe.
 
À ses mâles désirs, ce constructeur habile
Ordonna le silence et put lui divulguer,
Avant qu'il ne périsse là, qu'en fait d'homme, il
Fut femme du miroir mort de cet hyménée."
 
"- Le reflet d'elle-même en une antimatière
Acheva de la tuer via des ondes maîtresses.
Mais sa soif de pouvoir fut seule mise en bière,
Pendant qu'on l'emmenait vers sa nouvelle espèce.
 
Sa néo-société, en ordre circulaire,
Encapsulait les maux de l'homme superflu.
On avait oublié comment nommer la guerre.
On conjuguait ainsi : elles, vous, nous, elle, tu,
 
Je."

Hervé Châtelier - 27 juillet 1991