Derrière un volet vert,
La pièce s'étendait
De tapis de panthère
En moites murs de craie.
 
On y venait prier,
Quémander une aumône,
Au sol s'agenouiller
Devant des Saints aphones.
 
Des baillons catholiques
Couvraient le faux tumulte
Et des ecclésiastiques
Happaient l'argent du culte.
 
Et Jésus se gaussait
Des courbettes soumises ;
Et Jésus s'enivrait
Des offrandes promises.
 
Les pécheurs, les Juda,
Traîtres des convenances,
Cent ave Maria
Étaient leur pénitence.
 
Les genoux écorchés,
Serrant entre leurs doigts
Des grains de chapelets,
Ils retrouvaient la foi.
 
Les noeuds du bois des chaises
Attachaient leurs chevilles
Aux rangs des catéchèses,
Sermonnant leurs pupilles.
 
Moyennant le denier,
Tous étaient bien instruits.
- Le bien c'est tout donner,
Le verger et les fruits. -
 
Et tant qu'ils attendaient
Que Dieu leur vînt en aide,
Leur peau se distendait,
Leurs mains devenaient laides.

L'un d'entre eux se leva
Du grand banc de la secte
Et bouscula l'État
De ce dieu des insectes.
 
Il en souffla les lois,
Les registres, les prêtres,
Cardinaux aux abois,
Qui y régnaient en maîtres.
 
À la place on bâtit
Soixante-dix ans rouges,
Empires de l'outil,
La truelle et la gouge.
 
L'ère des soumissions
Aux dulies communistes
Sentit l'inquisition
Des missions christianistes.
 
De quelques bouts d'idées,
On fit un édifice,
Que pour auréoler,
On emplit d'artifices.
 
On dominait l'atome,
L'orbite des planètes,
Les nuisants chromosomes
Des dissidents poètes.
 
Les fusées retombèrent,
Rongées jusqu'aux soudures ;
Les centrales croulèrent,
Répandant l'arséniure.
 
On découvrit qu'alors,
Derrière les dorures,
Pourrissaient tous les morts
Des camps de dictature.
 
On vida nos mémoires
Du fracas des fascistes ;
On ne sut jamais voir
Le joug économiste.

Hervé Châtelier - 18 octobre 1991