La plupart du temps, je meurs.

Je mourais encore aujourd'hui,

Brûlant,

Dans l'étuve de ses mensonges insensés,

Quand elle décida ou ne décida pas

De le faire pour moi.


Mais déjà

Cuspide ne veut plus aller voir si le large
De la mer de Sihal scintille d'îlots tristes
Car les mille yeux crevés alanguis dans sa barge
Écoutent l'ouragan des sommets ubiquistes.

Les cimes sont devant et lui tendent le coeur.
Lui, qui aime grimper pour saisir l'infini
Et choir dans l'absolu qui vous a tant fait peur
Quand l'on donnait la vie aux vallées assaillies.

Les cimes sont devant et lui tendent le coeur.
Mais saura-t-il jamais se libérer de lui
Ou s'enchaîner, plutôt, aux caniveaux en pleurs
Parce que la raison n'enfante que l'ennui.

Il t'aime à la folie, la désobéissance,
mais tes limbes adroits sénestrent ton cortex.
Il aime la folie, mais ton obéissance
Pousse une autre planète à quitter son vortex.

Ce n'était pas fini. Il veux ta robe noire
Pour s'habiller de mort, pour te sacrifier nue
Aux guerriers accablants des champs de sa mémoire.
Là des doigts arrachés, là des crânes fendus,

Là des coeurs massacrés, là le sien dans ta main.
Des bras autour de toi, ses bras tentaculaires
Serraient du linge noir pour un drapé divin :
Tes gestes gracieux comme une onde dans l'air.

Il va jeter son livre aux courants qui s'oublient
Dans les temples de paix en tièdes résurgences,
Son carnet rouge usé plein de pages jaunies
Comme l'itération forcenée des absences.

D'ordinaire, je meurs.

Je mourais encore aujourd'hui,

Gelant,

Dans ton brasier de parjures modelés,

Quand tu décidas et ne décidas pas

De le faire pour moi.

Sihal, 9 juillet 2010