Sans quêter alentour des prunes étonnées
Par ce rite vaudou, j'ai pris comme poupée,
Chère et proie de l'aiguille émoussée sagement,
Un vase de carton autour de cubes blancs.
 
Entre elle et cet objet valse un accord abscons,
Mais vêtir la clarté de confuses toisons
Est mon jeu et le sien et nos dés sont complices :
Qu'elle soit boîte à sucre et que je sois malice !
 
J'y plonge les deux mains
Car je n'en ai pas plus
Et transforme en taquin
Ces dominos reclus.
 
Cahiers de choix trop dus au temps,
Couverts de noms sans importance,
Leurs rangs m'insufflent peu de sens
Et c'est leur fonte que j'attends.
 
Amant, toi que j'ai vu trois fois,
Amant au destin bienheureux
Amant qui parvint avant moi
À voler son rire et ses yeux,
 
Regarde cette tasse
Qui dans son noir amer,
Entre anses et angoisses,
Veut ta soluble chair.
 
Je lâche un des morceaux dans la lugubre poix :
Une aile dense danse et un instant festoie...
Quand ma cuillère habile efface enfin son vol,
Je me vêts du mensonge et mes airs se désolent.
 
Amant, mon unique péril est qu'il reste un cristal
Parmi les cubes blancs portant tes initiales :
Ephémère danger gardé par ce liquide...
Un jour, sois sûr, un jour la boîte sera vide.

Hervé Châtelier - 8 avril 1992